: Trois décennies après sa disparition, Nesta Marley toujours aussi actuel

Mercredi 11 Mai 2011

C’est ce 11 mai que sera commémorée la mort du chanteur jamaïcain de reggae, Robert Nesta Marley dit Bob. Un anniversaire qui sera célébré presque partout dans le monde, notamment au Sénégal où beaucoup de manifestations lui sont dédiées. En effet, 30 ans après sa disparition, Bob Marley est toujours actuel, de par la portée de sa musique, ses paroles, ses messages. Il reste une idole pour les jeunes qui se lancent dans ce genre musical par amour pour lui, une notoriété que le reggaeman a eu à acquérir en moins de dix ans de carrière.

Le 11 mai 1981 disparaissait le plus grand chanteur de reggae de tous les temps, Robert Nesta Marley plus connu sous le nom de Bob Marley, à Miami (Etats-Unis) d’un cancer. 30 ans après, sa mort est célébrée aux quatre coins du monde de la même manière que lors de son premier anniversaire. C'est-à-dire que l’événement suscite toujours autant de passion, pour sa musique, son engagement, ses textes, son amour pour la race noire. Cheikh Amala Doucouré, spécialiste du reggae depuis près de 30 ans et animateur à Rsi (Radio Sénégal international), a eu à faire une analyse de ce fait impressionnant.
«C’est tout d’abord un sentiment de fierté qui découle de cet engouement, de cet intérêt qu’ont les mélomanes à chaque anniversaire de la mort de Bob Marley», dit-il en notant qu’au fil des années, il y a autre chose que la musique, qui attire énormément de personnes chez ce reggaeman hors du commun. «Avec le recul, on peut constater que Bob Marley faisait autre chose que la musique, seulement parce que l’engouement dépassait la musique. C’est autre chose qui intéresse tout le monde, c'est-à-dire sur le plan de la réflexion, aussi bien au bas de la société que les intellectuels. On apprend des choses intéressantes dans ses paroles», affirme Amala Doucouré.
Selon lui, cela est d’autant plus intéressant et incroyable que la carrière solo de Bob Marley a été éphémère. Puisque «Live !» l’album enregistré en 1975 qui contient son premier succès international «No Woman no cry», puis «Rastaman Vibration» en 1976, qui sera le disque de Bob Marley le plus vendu de son vivant, est son premier succès américain. «30 ans après sa mort, on se rend compte combien ses chansons ont été bien travaillées, inspirées, engagées avec son immense talent musical, mais aussi une maturité intellectuelle. Sa carrière a été relativement courte puisque son grand succès a été avec son premier album dans les années 70 et il est décédé en 1981. Ce qui veut dire que tout cela, il l’a acquis en 8 années seulement», affirme le spécialiste.
Bob Marley a de bonnes chansons que reprennent textuellement ou qu’écoutent les jeunes de chaque génération et toujours ; elles sont aussi prisées, car elles sont intemporelles. «En gros, on découvre un artiste inspiré, avec l’engagement, le militantisme. Ses chansons sont écoutées aussi parce qu’elles parlent de droit de l’homme, de l’amour qu’il avait en sa communauté, celle des noirs, en qui il croyait», explique Cheikh Amala Doucouré.
Par ailleurs, le spécialiste de ce genre musical parle des reggaemen sénégalais qui, il est vrai, ne courent pas les rues mais s’en sortent bien depuis quelques années, même s’ils peuvent être considérés comme étant en retard dans cette musique. «C’est subjectif, mais le phénomène du retard des chanteurs sénégalais de reggae est réel, si on sait qu’il n’y en a pas des grands tels Alpha Blondy ou Tiken Jah Facoly», lance-t-il. Il poursuit en notant que «depuis quelques années, les concerts les plus côtés au Sénégal sont des reggaemen. Et depuis 2 ou 3 ans, ces chanteurs commencent à sortir du lot. Il y a Dread Maximen qui tourne et qui bouge beaucoup maintenant, Timshel band aussi et d’autres et j’espère que le décollage sera pour bientôt».
En outre, il faut ajouter que des concerts de reggae auront lieu ce jour un peu partout dans le pays, mais aussi que les articles à l’effigie de Bob Marley, tee-shirts, boubous, bérets, seront apprêtés par les jeunes pour marquer l’anniversaire.

La bonne affaire des vendeurs de tee-shirts à l’effigie de Bob Marley

La commémoration de la mort de Bob Marley se déroule ce mercredi 11 mai. Et c’est la ruée vers les vendeurs de tee-shirts à l’effigie du reggaeman et autres accessoires aux couleurs rastafari vert-rouge-jaune-noir. De fait, cette célébration du décès de Marley est une période faste pour eux. Même s'ils attendent plus de clients aujourd'hui, leur chiffre d'affaires a quand même augmenté. Sur l'avenue Pompidou, en plein coeur de Dakar, les couleurs vert-jaune-rouge-noir des tee-shirt, chapeaux, foulards, entre autres, composent le décor.
Exposant ses articles à même le sol, Abdoulaye, jeune vendeur, affiche un grand sourire. Il prend tous les passants pour de potentiels clients. Le jeune qui est aussi un fan de roi du reggae explique la bonne marche des affaires. «Des clients, il y a en beaucoup parce que les jeunes aiment bien Bob Marley. Il y a beaucoup d'articles : des tee-shirts, des brassards, des foulards et des sacs. Les prix n'ont non plus pas augmenté. Pour le tee-shirt, c'est 4000 F, le chapeaux entre 1 500 et 5000», dit-il.
Ibrahima dit Lamb a tout d’une star de reggae, avec ses dreadlocks et ses habits. «La vente marche bien, mais pas comme les années précédentes», renseigne-t-il. «Comme chaque année, il y a des nouveautés avec les tee-shirts parce qu'ils marchent mieux. Il y a aussi des foulards et des brassards. Les clients viennent plus nombreux le jour J, c’est-à-dire le 11 mai (Ndlr : aujourd'hui).
Avec sa barbe touffue et ses longues dreadlocks, on prendrait le vendeur Modou Baye Fall pour un Jamaïcain. Tenant les mêmes propos que son voisin, il explique : «les affaires marchent chaque année à pareille époque. Nous confectionnons la majeure partie des articles que nous vendons, notamment les chaussures de perles». Fan des chansons vibs, il compte aussi commémorer le décès de la star jamaïcaine comme tous les fans de reggae.
Moins chanceux que ses voisins, Dame attend encore des clients. «Tous ceux qui viennent demandent juste les prix et s'en vont, mais j'espère qu’ils viendront demain (aujourd'hui) pour acheter», dit-il.


Le 11 mai, un grand jour pour les fans de Marley à l’Université de Dakar


Les étudiants de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) ne seront pas en reste dans la commémoration du décès de Bob Marley. Ils comptent aussi se souvenir de leur star. Étudiant en Master au département d'anglais, Mouhamed Diop confie qu’il écoute Bob Marley depuis sa première année universitaire. «Écouter ses chansons m'a permis de développer mon vocabulaire et mon expression en anglais. Et certains de ces propos comme ‘there is no hiding place from the father of creation et emancipate yourself from the mental slavery’ montre que ces textes sont riche d'enseignements», indique-t-il.
Aussi le jeune étudiant d'ajouter : «le 11 mai est un grand jour pour moi. Car cela me permet de revoir l'oeuvre de cette star du reggae. Célébrer Bob Marley ne doit pas signifier fumer du chanvre indien. Pour fêter Bob Marley, il faut plutôt essayer de décortiquer ses textes et comprendre sa philosophie». Et comme tout bon fan, il ajoute : «Je commémorerais l’anniversaire en écoutant ses chansons et en priant pour lui».
Dans la même optique, Moussa Fall, étudiant en deuxième année de géographie, déclare : «Je compte aller assister au concert reggae pour marquer le 11 mai. Habituellement, chaque année, on organise des manifestations au niveau du campus et je pense que ce sera encore le cas cette année».
Bien qu'étant fan de Bob Marley, Peter Rosario ne compte pas fêter le 11 mai, car pour lui, «on ne fête pas les morts. On fait des prières pour eux. Et comme tout bon chrétien, je vais allumer des bougies et prier pour lui». Poursuivant, il indique : «Son œuvre, on le fête le 6 février, le jour où il est né. Le 11 mai n'est fêté qu'au Sénégal et en France, même en Jamaïque, on ne fête pas cette date. Bob Marley est spirituel, les jeunes le fêtent juste pour fumer du chanvre indien. Il le fumait, mais il ne demandait pas aux jeunes d'en fumer».
Abondant dans le même sens, Fadel Touré, étudiant en Master au département d'anglais de l'Ucad, est d’avis que «Bob Marley a tout faux avec notre culture, nos pratiques et surtout notre religion. C'est triste de voir des jeunes le prendre comme référence en fumant du chanvre indien pour fêter l’anniversaire de son décès». Toutefois, il reconnaît qu’«il défendait des idées de liberté et d'autres valeurs humaines».
Pour les fans, célébrer l'anniversaire du roi du reggae music, c’est aussi une occasion de permettre aux jeunes de comprendre la culture rastafari.

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Tags: -, king, respect

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